27. novembre 2016 · Commentaires fermés sur Des statues loin d’être immobiles · Catégories: 1er

Quand on voit des statues, on a l’impression qu’elles sont là depuis des temps immémoriaux et, surtout, qu’elles n’ont pas bougé depuis leur érection. Or, pas mal des statues parisiennes ont été déplacées ou remplacées par d’autres mais toutes n’évoquent pas une histoire exceptionnelle comme les quatre chevaux au sommet du Carrousel du Louvre.

Quand ils les contemplent, les voyageurs qui ont une bonne mémoire visuelle peuvent se dire qu’ils les ont déjà vu quelque part. En effet, pour sa Paix conduite sur un char de triomphe, François-Joseph Bosio copia les chevaux de la basilique Saint-Marc de Venise.

En fait, les quatre chevaux avait été rapportés de Venise à Paris par les troupes napoléoniennes en 1797. Et ils étaient loin d’en être à leur premier voyage. Tout avait commencé en Grèce, à Corinthe où ces chevaux ornaient le temple du Soleil. Au Ve siècle, ils avaient été emportés une première fois par Théodose pour rejoindre Constantinople. Les chevaux avaient rejoint la cité des Doges en 1204 au cours d’une Croisade que les Vénitiens avaient largement contribué à détourner sur la capitale byzantine pour la piller. Comme le dit l’adage : « bien mal acquis ne profite jamais ! ». Après être resté presque six siècles dans la lagune, les chevaux étaient emportés par les Français pour une destination plus septentrionale.

Ces chevaux avaient le mérite d’être nettement plus gracieux que la plupart des souvenirs que nos compatriotes rapportent de la Sérénissime mais encore fallait-il leur trouver un emplacement digne de ce nom ! L’Empire fut marqué par un nombre incommensurable de projets ambitieux qui n’aboutirent pas. Pendant plusieurs années, l’Empereur va donner l’impression de « jouer aux petits chevaux » avec ces trophées.

On envisagea de les mettre dans la cour des Invalides où ils devaient entourer une fontaine qui porterait le lion de Saint-Marc. Le projet n’aboutit pas. Les quadrupèdes restèrent six mois en haut de l’esplanade des Invalides avant de regagner leur dépôt pour quelques années. Le 28 octobre 1801, Bonaparte accepta leur transfert sur les quatre socles situés de part et d’autre de la grille du château des Tuileries mais les équidés avaient de l’allure tous ensemble et non séparés de plusieurs mètres les uns des autres. Ca ne donnait rien et ils retournèrent à l’entrepôt une nouvelle fois. En 1809, on leur trouva enfin un emplacement : il seraient attelés à un char que conduirait l’Empereur au sommet de l’arc de triomphe du Carrousel. Seulement, avec la chute de l’Empire, les chevaux regagnèrent finalement Venise et, en 1828, ce fut finalement une copie qu’on installa à Paris.

Pour la petite histoire, les chevaux qui servent de vespasiennes aux pigeons sur la place Saint-Marc sont également une copie : les originaux dont je viens de compter le formidable périple se trouvent au musée Marciano à Venise.

13. novembre 2016 · Commentaires fermés sur Un choix d’habitation qui portait ses fruits · Catégories: 8e arrondissement

[Place Louis XV] , dessin de Thomas Shotter Boys. Source : BNF / Gallica

[Place Louis XV] , dessin de Thomas Shotter Boys. Source : BNF / Gallica

Quand on voit le ballet incessant de la circulation tout autour de l’obélisque, difficile d’imaginer que la place de la Concorde abritait, il n’y a pas si longtemps, des arbres fruitiers et des légumes.

Avant d’accueillir l’une des places les plus célèbres et luxueuses de Paris, cet emplacement était une esplanade traversée par deux égouts à ciel ouvert. Il avait été choisi par Ange-Jacques Gabriel dans le cadre d’un concours lancé pour la réalisation d’un place royale en hommage à Louis XV. Le lieu avait plusieurs avantage : situé en bordure des Tuileries, il appartenait pour l’essentiel au roi, ce qui évitait de lancer des expropriations longues et coûteuses. Il offrait également l’occasion de favoriser l’urbanisation dans le faubourg Saint-Honoré.

En 1772, la place octogonale était pourvue d’une balustrade cantonnée de guérites de pierre que l’architecte Ange-Jacques Gabriel avait prévu de surmonter de groupes sculptés représentant des trophées. Derrière les balustrades et au pied même des socles vides se trouvaient de larges fossés de vingt mètres, plantés d’arbres fruitiers, de légumes et de fleurs. A la fin du XVIIIe, ces socles recouverts de calottes de plâtre, étaient habités par des familles entières. Certes, les « maisons » étaient modestes mais elles s’ouvraient sur un jardin de 250 mètres carrés, à deux pas du centre de Paris.

Ces socles-guérites sont toujours visibles de nos jours puisqu’ils portent les huit statues représentant les principales villes de France : Lille, Strasbourg, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes, Brest et Rouen (au passage les Toulousains apprécieront de ne pas voir leur ville y figurer). La guérite de la statue de Brest est aujourd’hui une entrée de parking mais le guide de Paris mystérieux nous rapporte qu’à la fin du XVIIIe, elle accueillait un dénommé Baudouin, traiteur de son état, qui payait cinq cent francs de loyer annuel et y habita pendant trente ans en ayant le loisir de contempler de chez lui cent trente arbres fruitiers et quatre treilles de chasselas. Le socle actuel de la statue de Lyon était la résidence d’un certain Blanchard qui y habitait en 1797, à quelques pas de son lieu de travail puisqu’il était employé au Ministère de la Marine. Joseph Thurot, le locataire de la future assise nantaise avait une réputation sulfureuse car les autorités le suspectait d’avoir creusé des souterrains pour le commerce de femmes aux moeurs légères. La place abritait également un marchand de vin dans le socle qui accueillit plus tard la statue de Bordeaux (ça ne s’invente pas !), un juge de paix (Marseille) et un maréchal des logis de gendarmerie (Lille).

Entre 1836 et 1846, sous le règne de Louis-Philippe, Jacques-Ignace Hittorf contribua à donner à la place son aspect actuel. Il fit réaliser les statues des villes et les fit disposer sur la place octogonale selon l’emplacement des villes sur l’Hexagone. Il ajouta également deux fontaines qui célèbrent la navigation fluviale et la navigation marine et coordonna l’installa de la fameuse obélisque. Il décida néanmoins de garder les fossés.

Mais ceux-ci faisaient obstacle à l’écoulement des foules qui rentraient des Champs Elysées et furent à l’origine d’accidents dramatiques faisant de nombreux morts comme lors des célébrations des noces du dauphin Louis avec Marie-Antoinette. Les fossés furent finalement comblés en 1854 sous Napoléon III.

 

13. novembre 2016 · Commentaires fermés sur Le conte de Cagliostro · Catégories: 3e arrondissement

Estampe représentant le comte de Cagliostro

Le Comte de Cagliostro : l’homme dans chaque siècle a couru les prestiges… : [estampe] / dessiné d’après nature par Guerin ; gravé par Devere. Source : BNF / Gallica

Les Mémoires authentiques pour servir à l’histoire de Cagliostro nous raconte que le premier étage de la maison située au 1 rue Saint-Claude fut le théâtre d’un dîner bien insolite qui réunissait notamment six personnalités : le duc de Choiseul, Voltaire, d’Alembert, Diderot, l’abbé de Voisenon et Montesquieu qui avaient la particularité d’être déjà passées de vie à trépas. Le lieu avait l’habitude de ce genre de manifestation surnaturelle car c’était là où le comte de Cagliostro avait installé son laboratoire.
Né dans les bas-fonds de Palerme, Joseph Balsamo avait parcouru l’Europe sous différentes identités avant de connaître la célébrité en tant que comte de Cagliostro, titre qu’il avait bien entendu imaginé de toute pièce. Il était accompagnée de son épouse, Lorenza Feliciani plus connue sous le nom de la « divine Seraphina » qui n’hésitait pas à user de ses charmes pour dégoter des protecteurs pour son mari.
Après avoir – semblait-il – contribuer à la guérison du prince de Soubise, il avait acquis une grande renommée à Paris. Il s’était inventé une vie mêlée d’exotisme et d’ésotérisme qui fascinait les aristocrates. Si le Siècle des Lumière est perçue de nos jours comme l’âge d’or de la raison et de la lutte contre l’obscurantisme, il fut dans le même temps une période d’engouement pour la magie et de l’alchimie. Si bon nombre de nobles se livraient à des expériences scientifiques, ils pouvaient très bien de la même manière appeler les esprits des disparus ou avoir des pratiques divinatoires. La frontière n’était pas aussi bien définie que de nos jours. Le comte de Cagliostro se réclamait d’ailleurs de la franc-maçonnerie égyptienne.
Dans les Tableaux mouvant de Paris, Pierre Jean-Baptiste Nougaret nous dit qu’il « (possédait) toutes sciences humaines, [qu’]il (était) expert dans la transmutation des métaux, et principalement du métal de l’or ; [que] c'(était) un sylphe bienfaisant, qui (traitait) les pauvres pour rien, (vendait) pour quelque chose l’immortalité aux riches« . Il devait avoir le don du commerce car il vendait de l’eau de jouvence et différents elixirs et pilules. Il semblait avoir aussi le don de se mettre en scène et faisait croire qu’il était immortel. Selon le guide du Paris mystérieux, à une personne qui s’étonnait de le voir en pleur devant la Descente de croix de Jouvenet, il aurait dit : « Hélas, dit-il, je pleure la mort de cet homme si bon , d’un commerce si agréable auquel j’ai dû de si doux moments. Nous avons dîné ensemble chez Ponce Pilate. Je l’ai beaucoup connu. Que m’a-t-il écouté : je lui avais bien dit que tout cela finirait mal. »
Le comte qui fuyait la justice de dix pays fut embastillé pour une escroquerie dans laquelle il n’avait pas du tout trempée : l’affaire du Collier de la Reine car son protecteur, le cardinal de Rohan, en était l’un des principaux responsable. Finalement acquitté au bout de deux semaines, le comte de Cagliostro regagna son domicile sous les acclamations de la foule. De son balcon, il jura aux Parisiens de ne jamais les quitter. Est-ce une promesse en l’air ou ses dons de divination l’avaient-ils quittés ? Il fut expulsé juste après sur ordre du roi et dût gagner l’Angleterre.
Après diverses pérégrinations, Joseph Balsamo, dit comte de Cagliostro, échouera dans les prisons de l’Inquisition romaine dont il fut l’une des dernières victimes.

02. octobre 2016 · Commentaires fermés sur Une place où rien ne tenait en place · Catégories: 8e arrondissement

place Louis XV et ses terrasses, dessin de Pierre Antoine Demachy

place Louis XV et terrasse des Tuileries, Pierre-Antoine Demachy, dessin à la plume et encre de Chine, aquarelle. Source : BNF / Gallica

D’abord une place royale…

La place de la Concorde s’appelait, à l’origine, la place Louis XV. En 1744, le roi était parti diriger ses armées et, le 4 août, il était tombé gravement malade. Les médecins et les confesseurs pensaient qu’il n’allait pas tarder à rendre son dernier souffle. Le roi en réchappa miraculeusement et la ville de Paris décida, en 1748, de lui ériger une statue équestre : Louis XIII avait la sienne sur l’actuelle place des Vosges tandis que Louis XIV sur la place Vendôme et celle des Victoires. Le roi concéda un terrain situé au bout des Tuileries pour installer le prestigieux présent. La place fut dessinée par Ange-Jacques Gabriel, premier architecture du roi (on lui doit, entre autres, le petit Trianon et l’école militaire). Quand la statue, oeuvre d’Edme Bouchardon terminée par Jean-Baptiste Pigalle, fut inaugurée, le 20 juin 1763, le roi était déjà beaucoup moins populaire que vingt ans auparavant. Comme, à chaque angle du piédestal, une statue de bronze représentaient les vertus du monarque : la Force, la Justice, la Prudence et la Paix, un quatrain circulait dans Paris : « Ah ! La belle statue, ah ! Le beau piédestal, / Les vertus sont à pied et le vice est à cheval« .
Pour ajouter de l’huile sur le feu – si j’ode dire – le 30 mai 1770 : le feu d’artifice tiré en l’honneur du mariage du dauphin Louis avec Marie-Antoinette d’Autrice avait viré au drame sur place Louis XV.

… puis la place de la Révolution …

Les Révolutionnaires ne pouvaient pas laisser de côté cette place symbole du pouvoir royale juste à côté du palais des Tuileries où la famille royale avait été ramenée de force le 6 octobre 1789. Après avoir été visible moins de 40 ans, la statue de Louis XV fut renversée et envoyée à la fonte, le 11 août 1792. On y érigea une « statue de la Liberté », en plâtre patinée, réalisée par François-Frédéric Lemot – statue de la Liberté à ne pas confondre avec celle de Bartholdi vendue en miniature dans les magasins de souvenirs new-yorkais. Le lieu fut rebaptisé « place de la Révolution ». Elle accueillit pour la première fois la guillotine en octobre 1792 , date de l’exécution des coupables de l’incroyable vol du Garde-meubles. On la réinstalla ensuite le 21 janvier 1793 pour couper le chef d’un condamné bien plus célèbre : le roi Louis XVI. La place vit ensuite défiler les « guest-stars » de la Révolution : Marie-Antoinette, les Girondins, Danton, Lavoisier, Robespierre… Pour pacifier les esprits, après les tumultes de la Terreur, le Directoire choisit de rebaptiser la « place de la Révolution » en « place de la Concorde ».

… place de la Concorde …

La statue de la Liberté fut déposée sous le Consulat mais, comme une grande place comme celle-ci risquait d’être bien triste sans monument pour l’habiller, plusieurs projets furent envisagés : une fontaine et une statue de Charlemagne. Finalement, la place resta vide jusqu’à l’arrivée au pouvoir du frère de Louis XVI.

… place Louis XVI…

Louis XVIII étendait bien restaurer ce que la Révolution avait aboli. La « place de la Concorde » n’était plus, on revenait au nom originel : « place Louis XV ». Louis XVIII nourrissait également le projet de faire ériger une statue de son frère sur le lieu même où il avait été guillotiné. Son successeur, Charles X, reprenait l’initiative et posait même la première pierre en donnant le nom de « place Louis XVI » à ce lieu symbolique.

… place de la Concorde …

En 1830, les Trois Glorieuses chassèrent du pouvoir Charles X. Le nouveau souverain, Louis-Philippe, avait beau être le cousin des précédents rois de France, il était également le fils de « Philippe Egalité » qui avait embrassé les idéaux de la Révolution jusqu’à voter la mort de Louis XVI. Autant dire qu’en se présentant comme « roi des Français », Louis-Philippe entendait mettre en place un nouveau type de monarchie qui ne s’opposeraient pas systématiquement à ce que la Révolution ou l’Empire avait pu apporter à la France. Il avait parfaitement conscience de la charge symbolique de cette place située dans le prolongement du palais des Tuileries, depuis laquelle on pouvait voir le Palais Bourbon, alors le siège de la Chambre des députés, l’église de la Madeleine que Louis XVIII avait envisageait comme monument expiatoire pour la mort de son frère, et l’Arc de Triomphe érigé en l’honneur des victoires des armées napoléoniennes. Difficile de mettre sur cette place un monument qui ne rappelât un événement passé et ne raviva les tensions. Or, en 1830, le vice-roi d’Egypte, Mehmet-li, avait offert à Charles X les deux grandes obélisques dressées devant l’entrée du temple de Louqsor. Rien de mieux que l’une d’elle pour décorer cette place redevenue « place de la Concorde ». Après un voyage semé d’embûche, l’obélisque trouva sa place, le 25 octobre 1836. Dans la foulée, Louis-Philippe confia à Jacques-Ignace Hittorf le soin d’aménager la place.

La place de la Concorde n’a pas changé de nom depuis, même si entre 1830 et nos jours elle a vu passer une monarchie, un Empire et trois Républiques…

25. septembre 2016 · Commentaires fermés sur Un nom équivoque · Catégories: 4e arrondissement

 

dessin de la rue Brisemiche au XIXe siècle

Rue Brisemiche au fond l’église St Merry : 3e Arrondissement : [dessin] / JH Chauvet [Jules-Adolphe Chauvet]. Source : Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, VE-2160 (3)-BOITE FOL.

La rue Brisemiche tient probablement son nom des pains qu’on faisait cuire et qu’on distribuait aux chanoines de la collégiale Saint-Merri. Rien bien de salace – me direz-vous – contrairement à ce que son nom laissait supposer. Et pourtant !

La rue Brisemiche se trouve dans le quartier de Beaubourg. Au Moyen-Age, le « beau Bourg » était appelé ainsi parce qu’il était le lieu de tous les plaisirs – le Pigalle de cette époque, en quelques sortes. Dans les rues autour de la collégiale, on pouvait croiser bon nombre de femmes avenantes qui exerçaient une activité physique peu compatible avec la morale chrétienne. En 1387, le prévôt de Paris qui préférait que les ecclésiastiques ne mangeassent pas de ce pain là décida de publier une ordonnance qui expulsait les ribaudes du cloître. Seulement, à la demande des bourgeois de la ville, le Parlement de Paris publia un arrêt le 21 janvier 1388 contre l’ordre du prévôt.

Au fil des siècles, les centres de plaisir se déplacèrent ailleurs et, de nos jours, rien ne laisse imaginer les paillardises dont on pouvait être témoin mise à part, peut être le nom équivoque de cette rue.

19. septembre 2016 · Commentaires fermés sur Un mauvais cou · Catégories: 5e arrondissement

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La fontaine qui fait l’angle entre la rue Cuvier et la rue Linné rend hommage à Jean Léopold Nicolas Frédéric Cuvier dit George Cuvier.

La statue, oeuvre de Jean-Jacques Feuchère, est une allégorie de l’Histoire naturelle : bonne idée pour célébrer ce scientifique qui a tant contribué à l’anatomie et à la paléontologie. Elle est entourée de toute une ribambelle d’animaux exotiques que Cuvier a pu observer naturalisés dans le Muséum d’Histoire naturelle juste à côté.

Il y a juste un hic : en observant bien, on s’aperçoit que le sculpteur a choisi de tordre le cou au crocodile, ce qui est absolument impossible pour ce reptile.

19. septembre 2016 · Commentaires fermés sur Chapeau, Jussieu ! · Catégories: 5e arrondissement
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L’une des plus belles légendes de Paris entoure un majestueux cèdre du Jardin des plantes. On raconta qu’en 1734 le célèbre botaniste Bernard de Jussieu avait ramené du Liban un plant malingre de cet arbre emblématique et, surtout, qu’il l’avait transporté, en défiant vents et marées, dans… son chapeau !

Pas de pot ! Le docteur Roulin dans son Histoire naturelle et souvenir de voyages découvrit le pot aux roses : Bernard de Jussieu ne l’avait pas ramené du Liban mais d’Angleterre. Le pot qui avait servi à transporter le plant était fêlé et se brisa durant le trajet que le botaniste effectuait de son domicile jusqu’au Jardin des plantes. Il ne lui resta plus qu’à le recueillir dans son couvre-chef pour faire les dix minutes qu’il lui restaient.

11. septembre 2016 · Commentaires fermés sur Un rhino, c’est rosse ! · Catégories: 5e arrondissement
Photo de Praslin

Le rhinocéros de Louis XV – Grande Galerie de l’Evolution – MNHN

De nos jours, les rhinocéros sont connus comme le loup blanc. On les voit même reproduits en peluches dans les bras de nos enfants. Autant dire que c’était loin d’être le cas, au XVIIIe siècle, où ces animaux à l’allure préhistorique restaient largement inconnus des Européens.

Chevalier, le gouverneur de Chandernagor, avait eu l’idée d’offrir un rhinocéros à Louis XV. La pauvre bête avait voyagé durant neuf mois avant de parvenir à Versailles, le 11 septembre 1770. Elle avait été prénommée, « Praslin », du nom du navire sur lequel elle avait voyagé, le Duc de Praslin étant alors ministre de la Marine.

Bernardin de Saint-Pierre, l’auteur de Paul et Virginie, qui l’avait vu lors d’une escale sur l’île de France (île Maurice) le décrit « comme fort et méchant« . Il n’avait pas tort puisque Cuvier rapporta qu’il « [avait tué] deux jeunes gens qui s’étaient imprudemment introduits dans son parc« . Après tout ce qu’il avait vécu, il y avait de quoi être irascible, non ?

En 1792, quand les sans-culottes envahirent le château de Versailles, la grandiose ménagerie rêvée par Louis XIV n’était plus que l’ombre d’elle-même : elle n’abritait plus quelques animaux, plus ou moins exotiques, dont notre fameux Praslin. Bernardin de Saint-Pierre qui était devenu intendant du jardin des Plantes à Paris, avait prévu de faire venir les quelques rescapés de la ménagerie royale dans la capitale pour créer un zoo dans l’établissement dont il avait la responsabilité. Le rhinocéros arriva malheureusement les quatre pattes devant. Selon une première version, Praslin aurait succombé sous le sabre d’un sans-culotte. Une note du naturaliste Cuvier permit d’imaginer une seconde version : l’animal serait mort dans son bassin de la ménagerie royale après avoir été laissé à l’abandon.

La dépouille devait être transférée, le 25 septembre 1793, dans le museum d’Histoire naturelle tout juste crée par un décret de la Convention, le 10 juin 1793. A cette époque, même si la taxidermie existait depuis longtemps, la naturalisation d’un animal aussi imposant relevait de la prouesse et – disons-le – du bricolage. Jean-Claude Mertrud et Félix Vicq D’Azyr se chargèrent de cette délicate opération. La peau de l’animal fut vernie et tendue sur une armature cylindrique en chêne et en noisetier avec quatre poteaux pour les pattes.

Selon Clémence Portier-Kaltenbach, l’illustre naturaliste Daubenton en prenant ses mensurations n’aurait pas tenu compte du fait que l’animal avait considérablement gonflé après sa mort. L’animal naturalisé qu’on peut voir de nos jours dans la Grande Galerie de l’Evolution serait bien plus gros que l’original dont le squelette est aujourd’hui visible dans la Galerie d’Anatomie comparée.

Pour finir, en 1992, lors de la restauration du Praslin naturalisé, l’on s’aperçut que le rhino, pourtant originaire d’Inde, avait été affublé d’une corne de rhinocéros noir africain.

 

03. septembre 2016 · Commentaires fermés sur Un fête en grandes pompes qui finit avec les pompiers · Catégories: 9e arrondissement
Tableau de Robert Alexander Hillingford

Robert Alexander Hillingford, la catastrophe au bal donnée par l’ambassade d’Autriche à Paris. Source WahooArt

Le 1er juillet 1810, l’ambassadeur d’Autriche avait décidé d’organiser une grande fête pour célébrer le mariage de Napoléon Ier avec Marie-Louise d’Autriche dans l’hôtel de Montesson (actuelle cité d’Antin).

L’hôte avait décidé de mettre les petits plats dans les grands mais il avait aussi multiplier des éléments qui feraient mourir d’apoplexie n’importe quel responsable de la sécurité :
– la grande salle en bois décorée de draperies avait été peinte à l’alcool pour sécher plus vite.
– pour mieux protéger les convives d’une pluie éventuelle, le toit avait été recouvert d’une toile goudronnée.
– le chef du service des gardes-pompes (l’ancêtre des pompiers) avait décidé de ne poster que deux sous-officiers, quatre garde-pompes et deux pompes à bras pour le soir du bal. Ces derniers, pour ne pas affoler et déranger les prestigieux convives, avaient été postés non pas sur place mais dans la cour d’un hôtel particulier situé presque en face. Charges aux sentinelles et aux agents de la paix mêlés à la foule de prévenir en cas de départ de feu. Le brave chef du service des gardes-pompes n’avait pas prévu de participer à l’événement mais de partir à la campagne, sans solliciter bien, entendu, l’autorisation du préfet de la Seine comme il aurait dû le faire.

Les Mémoires du général Lejeune et celles de Louis Constant Wairy, premier valet chambre de l’Empereur, permettent d’avoir une idée précise du déroulement des événements.
Alors que la fête battait son plein, une pièce du feu d’artifice enflamma un lambeau d’étoffe mais on s’en aperçut rapidement et les gardes-pompes purent éteindre ce départ d’incendie sans que la majeur partie des convives ne s’en aperçoive. Le répit fut cependant de courte durée. La chute d’une bougie déclencha cette fois un véritable incendie et la salle se transforma immédiatement en un effroyable brasier. Les gardes-pompes qui étaient retournés à l’extérieur tentèrent de se frayer un chemin à travers les convives qui courraient et se bousculaient dans une terrible cohue. L’incendie fit une dizaine de morts et une centaine de blessées parmi la fine fleur de l’aristocratie européenne. Napoléon, lui-même, faillit périr dans les flammes.

Un tel événement, qui n’était pas sans rappeler l’incendie du 30 mai 1770 (voir article), ne pouvait laisser de marbre un homme qui avait passé une bonne partie de sa vie sur les champs de bataille et qui voyait les errances et le manque de commandement de gardes-pompes en pleine déconfiture face à l’assaut des flammes.
Ni une, ni deux, Napoléon, par le décret du 18 septembre 1811, donna naissance à un corps de gardes professionnels les « sapeurs-pompiers » de Paris, corps strictement militaire, sous les ordres du préfet de police qui n’a quasiment pas changé jusqu’à nos jours.

30. août 2016 · Commentaires fermés sur Table rase et restaurants · Catégories: 1er
Dessin de vue du Boeuf à la mode premier restaurant à la carte de Paris

Au Boeuf à la mode des frères Méot, considéré comme le premier restaurant à la carte de la capitale. Dessin à la minde de plomb. coll Destailleur. Source : Gallica BNF

Le lien entre la Révolution et les restaurants n’est pas évident de prime abord. Et pourtant, ces établissements qui ravissent les fines bouches doivent leur naissance à cette période troublée de l’Histoire de France.

Revenons en arrière : sous l’Ancien Régime, on pouvait avoir à manger dans une taverne ou bien chez un cabaretier ou un rôtisseur mais il ne fallait pas être bégueule à en croire, par exemple, l’Allemand Nemeitz, de passage à Paris en 1718, cité par Alfred Fierro dans Histoire et Dictionnaire de Paris : « Il faut manger au milieu de douze inconnus, après avoir pris un couvert. […] le centre de la table est occupé par des habitués qui s’emparent de ces places importantes et ne s’amusent pas à débiter les anecdotes du jour. Armés de mâchoires infatigables, ils dévorent au premier signal. Malheur à l’homme lent à mâcher ses morceaux ! Placé entre ces avides et lestes cormorans, il jeûnera pendant le repas. En vain, il demandera sa vie aux valets qui servent. La table sera vide avant qu’il ait rien pu obtenir. » A partir du XVIIIe, il était néanmoins possible d’aller chez des traiteurs qui ne cuisinaient plus uniquement pour des noces ou des banquets.

A l’origine, les « restaurants » était des bouillons à base de viande et d’oeuf qui devaient restaurer, revigorer, ceux qui les consommaient. En 1765, un certain Boulanger ouvrit dans la rue des Poulies (disparue avec le percement de la rue du Louvre) un établissement où il proposait, à prix fixes et abordables, des bouillons, des restaurants, à la carte, servis à des tables individuelles. L’idée du restaurant était née ! Les « débits de restaurants » se multiplièrent dans la capitale mais ils leur manquaient encore un élément essentiel : le chef.

Jusqu’à la Révolution, les meilleurs tables étaient chez les grands aristocrates du Royaume. Avec la Révolution, ces derniers furent arrêtés ou partirent en exil. A l’instar de l’ancien officier de bouche du prince de Condé, Antoine Beauvilliers, qui ouvrit son propre restaurant en 1790, bon nombre de chefs de cuisine désoeuvrés entreprirent de créer leurs propres établissements. La plupart s’installèrent au Palais-Royal ou à proximité de ce lieux de tous les plaisirs, véritable centre névralgique des débats qui agitaient la population parisienne (c’est là que Camille Desmoulins lança la mode de la cocarde en feuille de tilleul). En 1791, Méot, ancien chef de cuisine du duc d’Orléans, ouvrit un restaurant qui proposait pas moins d’une centaine de plats. D’autres tables de renoms ne tardèrent pas à compléter le tableau : Huré, les Couverts espagnols, Février (ou fut assassiné le député de Saint-Fargeau), Véry et le café de Chartres devenu le Grand Véfour, seul établissement à encore exister de nos jours.

L’émergence de ces grands restaurants célébrait la naissance d’une nouvelle aristocratie qui allait dominer tout le XIXe siècle : la bourgeoisie.