15. janvier 2017 · Commentaires fermés sur La main au collier · Catégories: 3e arrondissement

Portraits de personnages mêlés à l'"Affaire du Collier de la Reine" [détail]

Portraits de personnages mêlés à l' »Affaire du Collier de la Reine ». [détail] Estampe. 1785 -1786. Source : BNF / Gallica

Tout commence par une banal arnaque montée par Jeanne de la Motte qui résidait au n°10 de la rue Saint-Gilles.

Deux célèbres joailliers parisiens, Boehmer et Bassenge, avaient conçu un collier ultra « bling-bling » qui valait la bagatelle de 1 600 000 livres soit le prix de trois châteaux avec des terrains de plus de 500 hectares. Personne ne voulait de ce collier pas même la reine Marie-Antoinette qui avait pourtant la réputation d’avoir de dispendieuses habitudes. Ce collier (dont des reconstitutions sont visibles au châteaux de Versailles et au château de Breteuil) était constitué de 647 diamants. On peut facilement imaginer qu’il devait être très lourd – la reine l’aurait comparé à un harnais de cheval – et plus vraiment aux goûts de l’époque puisque, dans une vision rousseauiste, on s’intéressait plus à la nature et à la simplicité qu’aux fastes d’antan.

Jeanne de Valois-Saint Rémy était une lointaine descendante d’un fils bâtard du roi Henri II. Une fois mariée à un officier de gendarmerie, Nicolas La Motte, elle s’était adjugée le titre de « comtesse de la Motte ». Le collier de Boehmer et Bassenge inspira à Jeanne de la Motte et à son amant, Marc Rétaux de Villette, un terrible stratagème. Comme dans toute arnaque, il fallait un pigeon. Ils trouvèrent le candidat idéal en la personne de Louis-René-Édouard de Rohan-Guéméné, cardinal-évêque de Strasbourg.

Ce dernier était loin d’être dans les petits papiers de la reine et était prêt à tout pour s’attirer ses faveurs. La comtesse de la Motte devint la maîtresse du cardinal de Rohan et lui fit imaginer qu’elle avait l’oreille de la souveraine. En janvier 1785, elle lui fit croire que Marie-Antoinette souhaitait acquérir ce collier et avait besoin de lui pour jouer les intermédiaires et se porter caution. Elle usa de tous les subterfuges pour convaincre l’ecclésiastique : fausses lettres rédigées par Rétaux de la Villette, rencontre organisée dans un sombre bosquet de Versailles avec une prostituée déguisée en sosie de la reine. Même le célèbre comte de Cagliostro (voir article) œuvra à convaincre le cardinal.

Le cardinal acquit le fameux collier et le confia à la comtesse de la Motte qui, au lieu de le donner à la reine, le remit à son mari qui le démantela pour revendre les diamants. La comtesse de la Motte pensait sans doute qu’en se rendant compte de la supercherie le cardinal payerait pour étouffer l’affaire. Seulement, le baron de Breteuil, ministre de la maison du roi et de Paris, découvrit le scandale avant Rohan. Il avait là une occasion unique de se venger de celui qui l’avait remplacé à l’ambassade de France en Autriche, en 1780.

Or, sous l’Ancien Régime, il n’y avait une pas une seule justice avec des instances bien identifiées pour les différents types d’infractions comme aujourd’hui (tribunaux correctionnels pour les délits, cours d’assises pour les crimes) mais une justice ecclésiastique, une justice bourgeoise (celle du Parlement de Paris en l’occurrence), et la justice royale.

Contrairement à ses prédécesseurs comme Louis XIV qui aurait sûrement étouffé l’affaire comme il le fit avec celle des poisons (voir article), Louis XVI décida de laisser le Parlement de Paris juger le cardinal. Or, contrairement à ce que devait s’imaginer le couple royal, ce dernier fut acquitté, le 31 mai 1786, et surtout l’affaire offrit aux pamphlétaires, caricaturistes et chansonniers de tout poil l’occasion de calomnier une fois de plus Marie-Antoinette qui ne tarda pas à être accusée d’avoir couché avec le cardinal de Rohan pour acquérir ce collier au prix faramineux. Dans un royaume miné par les déficits, cette histoire somme toute banale eut des effets dévastateurs dont on mesure les conséquences à la lumière d’un événement qui se produisit trois ans plus tard, le 14 juillet 1789.

 

08. janvier 2017 · Commentaires fermés sur De la Pitié à l’hôpital moderne · Catégories: 5e arrondissement

L’histoire de la Pitié-Salpêtrière montre bien comment la médecine a évolué au cours des siècles.

Sous l’Ancien régime, la lutte contre les maladies et les effets de la pauvreté étaient intimement liées. Les indigents étaient les mieux placés pour transmettre les maladies et, dans un pays très chrétien, les soins prodigués au malade relevaient du devoir de charité. En 1544, François Ier avait ainsi crée le Bureau Général des pauvres. Au XVIIe siècle, les hôpitaux étaient souvent crées pour répondre un besoin particulier qui n’était pas forcément d’accueillir des malades comme le montrent l’Hôpital des pauvres enfermés à Pontoise ou l’Hôpital des enfants trouvés. L’hôpital dont le nom venait du bas latin hospitalis, « lieux d’accueil », était alors chargé d’accueillir mais aussi de recueillir et d’enfermer. Face à la recrudescence de la mendicité à Paris, Marie de Medicis décida, en 1612, d’ouvrir un hôpital baptisé « Notre-Dame de la Pitié » qui se trouvait sur l’emplacement actuel de la mosquée de Paris.  Il devait contenir plusieurs milliers de mendiants mais il servait plutôt de « resto du coeur », de « crèche », d’asile pour vieux et de prison pour les « femmes de mauvaise vie ».

Durant le règne de Louis XIII et la régence d’Anne d’Autriche, la pauvreté dans la capitale fut loin de diminuer. Louis XIV décréta en 1656 la création de « l’Hôpital Général » destiné à recueillir les pauvres « de tous sexes, lieux et âges, de quelques qualité et naissance, et en quelque état qu’ils puissent être, valides ou invalides, malades ou convalescents, curables ou incurables ». Par la même occasion, il fit construire un nouvel établissement sur un ancien site de l’arsenal surnommé la « Salpêtrière » parce qu’on y fabriquait de la poudre à canon. De prestigieux architectes, Le Vau, Libéral Bruant et d’autres travaillèrent sur ces nouveaux bâtiments dont il ne reste aujourd’hui que la chapelle octogonale, le pavillon « Hemey » et la « lingerie ». Ce décret de 1656 posa un premier jalon : son administration était confiée presque exclusivement à des laïcs, l’hôpital n’était plus seulement une affaire de religieux. Ensuite, cette structure centralisée, l’Hôpital Général permettait de mettre un peu d’ordre entre les différentes institutions qui avaient été ouvertes de manière éparse en fonction des initiatives et des opportunités

Autant dire que la Salpêtrière, était alors plus un lieu de répression et d’humiliation que de soin et de réconfort. Comme à la Pitié, on y exerçait à peu près toutes les fonctions sauf celles de lieu de soins.  On y avait d’ailleurs adjoint une « force », une prison pour femmes. Une timide humanisation fut entreprise par Tenon qui, dès son arrivée en 1748, tenta d’améliorer les conditions d’accueil des malades.

Au lendemain de la Révolution française, la Salpêtrière devint un lieu de référence pour le traitement des maladies mentales. En 1794, l’aliéniste Philippe Pinel fut nommé médecin-chef de la Salpêtrière et décida d’appliquer les pratiques de Jean-Baptiste Pussin qui prônait le « traitement moral » des aliénés et la suppression de l’usage des chaînes. Pinel recommandait de parler aux malades et de jouer sur leurs émotions pour déceler les origines physiologiques qui pouvaient être à l’origine de leurs troubles mentaux. Succédant à Pinel comme médecin-chef de la Salpêtrière, Jean-Etienne Esquirol fut l’un des artisans de la loi du 30 juin 1838 qui mettait tous les établissements de soins aux « aliénés » sous l’autorité publique et instituait notamment le « placement volontaire » et le « placement d’office » pour éviter que l’internement se fît uniquement à la demande des familles qui utilisait souvent ce moyen pour se débarrasser d’un proche embarrassant.

Il fallut néanmoins attendre la Deuxième République pour voir la naissance, avec la loi du 10 janvier 1849, de l’Assistance publique – hôpitaux de Paris. Avec cette structure qui existe encore de nos jours, on distinguait enfin les fonctions de soins et celles d’assistance aux pauvres et aux orphelins :

La Pitié fut déplacé en 1911 sur un site adjacent à celui de la Salpêtrière, les deux institutions fusionnèrent en 1964.

01. janvier 2017 · Commentaires fermés sur Une statue qui prend des libertés · Catégories: 15e arrondissement

photo de la statue de l'île aux cygnes en 1921

[Le pont de Grenelle et la statue de la liberté sur l’île aux Cygnes, Agence Rol, 1921. Source BNF Gallica

Il existe de nombreuses répliques de la statue de la Liberté partout dans le monde comme le montre ce site qui les a recensées mais la plus connue est sans doute celle qui se trouve sur l’île aux cygnes. Reproduction au quart du modèle original, elle mesure 11m50, ce qui en fait la statue la plus grande de Paris.

En réponse à la statue de la Liberté offerte par la France, en 1884, le Comité des Américains de Paris avait lancé une souscription pour en construire une réplique et en faire présent à leur pays hôte. Avec leur efficacité légendaire, ils trouvèrent rapidement les fonds et, six mois plus tard, en mai 1885, une première cérémonie d’inauguration eut lieu place des Etats-Unis (dans le XVIe arrondissement). Il ne s’agissait pas du modèle que nous pouvons voir actuellement mais d’un moule en plâtre. Cet emplacement était, de toute manière, trop petit pour accueillir un monument d’une telle envergure et la statue réelle en bronze n’était pas encore prête. A son achèvement, elle fut installée sur une île artificielle qui avait été aménagée pour soutenir un pont. Ce lieu que nous connaissons aujourd’hui sous l’appellation d »‘île aux cygnes » vit son occupante être officiellement inaugurée le 14 juillet 1889 par le président Sadi Carnot.

La statue n’avait pas fini d’en faire qu’à sa tête ! Son inauguration d’abord était presque passée inaperçue, noyée dans le tumulte de l’Exposition universelle de 1889. Ensuite, au grand dam de Bartholdi, il avait été choisi de l’orienter vers l’est, ce qui lui faisait tourner le dos aux Etats-Unis. Ce choix s’expliquait par l’idée de la mettre face au centre de Paris et de la grande tour de M. Eiffel qui avait été édifiée pour l’Exposition universelle. Ensuite, pour des raisons pratiques, si elle avait été tournée vers la pointe de l’île, il n’y aurait eu que très peu de place sur la terre ferme pour les officiels. Il fallut attendre une autre Exposition universelle, celle de 1937, pour que la dame de bronze daignât se tourner vers l’Atlantique. En 1998, elle se paya un petit séjour au Japon, à l’occasion de l’année de la France.

Depuis, elle ne cesse de susciter l’étonnement des touristes américains qui l’aperçoivent depuis le RER C ou au détour d’une promenade.

01. janvier 2017 · Commentaires fermés sur Un destin noir · Catégories: 5e arrondissement

photo de l'enseigne du negre joyeuxLe 14 rue de la Mouffetard abrite une enseigne qui semble d’un autre temps ; celle d’une des premières chocolateries parisiennes  « Au nègre joyeux » où un noir sert une aristocrate blanche.

Le personnage du noir aurait emprunté les traits de Louis-Benoît Zamor, l’un des innombrables oubliés de la grande Histoire qui, pourtant, eu un destin exceptionnel. Depuis quelques années, des ouvrages, plus ou moins romancés, œuvrèrent à le sortir des tréfonds de l’ignorance : Zamor : Le nègre de la Du Barry de Gérard Saint-Loup, Zamor : le nègre républicain de Ludovic Miserole et Le rêve de Zamor d’Eve Ruggiéri.

Zamor était probablement originaire du Bengale. Il aurait été capturé par des négriers anglais qui l’aurait emmené à Madagascar. Il aurait ensuite été vendu au roi Louis XV qui, en 1773, l’offrit à sa favorite, la comtesse du Barry. Cette dernière le fit baptiser en lui donnant le prénom de« Louis-Benoît » et en fit son page. Le site de l’Institut national d’Histoire de l’art nous montre une estampe représentant « Madame du Barry recevant une tasse de café de son nègre Zamore ». En cette qualité, Louis-Benoît Zamor reçut une instruction.

Du fait de sa couleur de peau qui était peu commune dans la France de la fin du XVIIIe siècle, Louis-Benoît était cantonné à jouer le rôle d’Africain de service, ce qui devait lui déplaire car, selon les observateurs, il se montrait très doué et d’une nature plutôt impertinente. Le page avait beaucoup de goût pour les livres et, en particulier, ceux de Rousseau, qui contrastait avec la cour « veille France » que la Barry maintenait dans son entourage.

Lorsque la Révolution éclata, Louis-Benoît Zamor assista assidûment aux réunions du club des Jacobins, auprès des Robespierre, Danton et Desmoulins. En 1793, il témoigna à charge contre sa maîtresse qui fut condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire et guillotinée.

Les historiens retrouvèrent sa trace en 1815 : il habitait rue Maître-Albert (pas très loin de la rue Mouffetard) et exerçait la profession de maître d’école.

27. novembre 2016 · Commentaires fermés sur Des statues loin d’être immobiles · Catégories: 1er

Quand on voit des statues, on a l’impression qu’elles sont là depuis des temps immémoriaux et, surtout, qu’elles n’ont pas bougé depuis leur érection. Or, pas mal des statues parisiennes ont été déplacées ou remplacées par d’autres mais toutes n’évoquent pas une histoire exceptionnelle comme les quatre chevaux au sommet du Carrousel du Louvre.

Quand ils les contemplent, les voyageurs qui ont une bonne mémoire visuelle peuvent se dire qu’ils les ont déjà vu quelque part. En effet, pour sa Paix conduite sur un char de triomphe, François-Joseph Bosio copia les chevaux de la basilique Saint-Marc de Venise.

En fait, les quatre chevaux avait été rapportés de Venise à Paris par les troupes napoléoniennes en 1797. Et ils étaient loin d’en être à leur premier voyage. Tout avait commencé en Grèce, à Corinthe où ces chevaux ornaient le temple du Soleil. Au Ve siècle, ils avaient été emportés une première fois par Théodose pour rejoindre Constantinople. Les chevaux avaient rejoint la cité des Doges en 1204 au cours d’une Croisade que les Vénitiens avaient largement contribué à détourner sur la capitale byzantine pour la piller. Comme le dit l’adage : « bien mal acquis ne profite jamais ! ». Après être resté presque six siècles dans la lagune, les chevaux étaient emportés par les Français pour une destination plus septentrionale.

Ces chevaux avaient le mérite d’être nettement plus gracieux que la plupart des souvenirs que nos compatriotes rapportent de la Sérénissime mais encore fallait-il leur trouver un emplacement digne de ce nom ! L’Empire fut marqué par un nombre incommensurable de projets ambitieux qui n’aboutirent pas. Pendant plusieurs années, l’Empereur va donner l’impression de « jouer aux petits chevaux » avec ces trophées.

On envisagea de les mettre dans la cour des Invalides où ils devaient entourer une fontaine qui porterait le lion de Saint-Marc. Le projet n’aboutit pas. Les quadrupèdes restèrent six mois en haut de l’esplanade des Invalides avant de regagner leur dépôt pour quelques années. Le 28 octobre 1801, Bonaparte accepta leur transfert sur les quatre socles situés de part et d’autre de la grille du château des Tuileries mais les équidés avaient de l’allure tous ensemble et non séparés de plusieurs mètres les uns des autres. Ca ne donnait rien et ils retournèrent à l’entrepôt une nouvelle fois. En 1809, on leur trouva enfin un emplacement : il seraient attelés à un char que conduirait l’Empereur au sommet de l’arc de triomphe du Carrousel. Seulement, avec la chute de l’Empire, les chevaux regagnèrent finalement Venise et, en 1828, ce fut finalement une copie qu’on installa à Paris.

Pour la petite histoire, les chevaux qui servent de vespasiennes aux pigeons sur la place Saint-Marc sont également une copie : les originaux dont je viens de compter le formidable périple se trouvent au musée Marciano à Venise.

13. novembre 2016 · Commentaires fermés sur Un choix d’habitation qui portait ses fruits · Catégories: 8e arrondissement

[Place Louis XV] , dessin de Thomas Shotter Boys. Source : BNF / Gallica

[Place Louis XV] , dessin de Thomas Shotter Boys. Source : BNF / Gallica

Quand on voit le ballet incessant de la circulation tout autour de l’obélisque, difficile d’imaginer que la place de la Concorde abritait, il n’y a pas si longtemps, des arbres fruitiers et des légumes.

Avant d’accueillir l’une des places les plus célèbres et luxueuses de Paris, cet emplacement était une esplanade traversée par deux égouts à ciel ouvert. Il avait été choisi par Ange-Jacques Gabriel dans le cadre d’un concours lancé pour la réalisation d’un place royale en hommage à Louis XV. Le lieu avait plusieurs avantage : situé en bordure des Tuileries, il appartenait pour l’essentiel au roi, ce qui évitait de lancer des expropriations longues et coûteuses. Il offrait également l’occasion de favoriser l’urbanisation dans le faubourg Saint-Honoré.

En 1772, la place octogonale était pourvue d’une balustrade cantonnée de guérites de pierre que l’architecte Ange-Jacques Gabriel avait prévu de surmonter de groupes sculptés représentant des trophées. Derrière les balustrades et au pied même des socles vides se trouvaient de larges fossés de vingt mètres, plantés d’arbres fruitiers, de légumes et de fleurs. A la fin du XVIIIe, ces socles recouverts de calottes de plâtre, étaient habités par des familles entières. Certes, les « maisons » étaient modestes mais elles s’ouvraient sur un jardin de 250 mètres carrés, à deux pas du centre de Paris.

Ces socles-guérites sont toujours visibles de nos jours puisqu’ils portent les huit statues représentant les principales villes de France : Lille, Strasbourg, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes, Brest et Rouen (au passage les Toulousains apprécieront de ne pas voir leur ville y figurer). La guérite de la statue de Brest est aujourd’hui une entrée de parking mais le guide de Paris mystérieux nous rapporte qu’à la fin du XVIIIe, elle accueillait un dénommé Baudouin, traiteur de son état, qui payait cinq cent francs de loyer annuel et y habita pendant trente ans en ayant le loisir de contempler de chez lui cent trente arbres fruitiers et quatre treilles de chasselas. Le socle actuel de la statue de Lyon était la résidence d’un certain Blanchard qui y habitait en 1797, à quelques pas de son lieu de travail puisqu’il était employé au Ministère de la Marine. Joseph Thurot, le locataire de la future assise nantaise avait une réputation sulfureuse car les autorités le suspectait d’avoir creusé des souterrains pour le commerce de femmes aux moeurs légères. La place abritait également un marchand de vin dans le socle qui accueillit plus tard la statue de Bordeaux (ça ne s’invente pas !), un juge de paix (Marseille) et un maréchal des logis de gendarmerie (Lille).

Entre 1836 et 1846, sous le règne de Louis-Philippe, Jacques-Ignace Hittorf contribua à donner à la place son aspect actuel. Il fit réaliser les statues des villes et les fit disposer sur la place octogonale selon l’emplacement des villes sur l’Hexagone. Il ajouta également deux fontaines qui célèbrent la navigation fluviale et la navigation marine et coordonna l’installa de la fameuse obélisque. Il décida néanmoins de garder les fossés.

Mais ceux-ci faisaient obstacle à l’écoulement des foules qui rentraient des Champs Elysées et furent à l’origine d’accidents dramatiques faisant de nombreux morts comme lors des célébrations des noces du dauphin Louis avec Marie-Antoinette. Les fossés furent finalement comblés en 1854 sous Napoléon III.

 

13. novembre 2016 · Commentaires fermés sur Le conte de Cagliostro · Catégories: 3e arrondissement

Estampe représentant le comte de Cagliostro

Le Comte de Cagliostro : l’homme dans chaque siècle a couru les prestiges… : [estampe] / dessiné d’après nature par Guerin ; gravé par Devere. Source : BNF / Gallica

Les Mémoires authentiques pour servir à l’histoire de Cagliostro nous raconte que le premier étage de la maison située au 1 rue Saint-Claude fut le théâtre d’un dîner bien insolite qui réunissait notamment six personnalités : le duc de Choiseul, Voltaire, d’Alembert, Diderot, l’abbé de Voisenon et Montesquieu qui avaient la particularité d’être déjà passées de vie à trépas. Le lieu avait l’habitude de ce genre de manifestation surnaturelle car c’était là où le comte de Cagliostro avait installé son laboratoire.
Né dans les bas-fonds de Palerme, Joseph Balsamo avait parcouru l’Europe sous différentes identités avant de connaître la célébrité en tant que comte de Cagliostro, titre qu’il avait bien entendu imaginé de toute pièce. Il était accompagnée de son épouse, Lorenza Feliciani plus connue sous le nom de la « divine Seraphina » qui n’hésitait pas à user de ses charmes pour dégoter des protecteurs pour son mari.
Après avoir – semblait-il – contribuer à la guérison du prince de Soubise, il avait acquis une grande renommée à Paris. Il s’était inventé une vie mêlée d’exotisme et d’ésotérisme qui fascinait les aristocrates. Si le Siècle des Lumière est perçue de nos jours comme l’âge d’or de la raison et de la lutte contre l’obscurantisme, il fut dans le même temps une période d’engouement pour la magie et de l’alchimie. Si bon nombre de nobles se livraient à des expériences scientifiques, ils pouvaient très bien de la même manière appeler les esprits des disparus ou avoir des pratiques divinatoires. La frontière n’était pas aussi bien définie que de nos jours. Le comte de Cagliostro se réclamait d’ailleurs de la franc-maçonnerie égyptienne.
Dans les Tableaux mouvant de Paris, Pierre Jean-Baptiste Nougaret nous dit qu’il « (possédait) toutes sciences humaines, [qu’]il (était) expert dans la transmutation des métaux, et principalement du métal de l’or ; [que] c'(était) un sylphe bienfaisant, qui (traitait) les pauvres pour rien, (vendait) pour quelque chose l’immortalité aux riches« . Il devait avoir le don du commerce car il vendait de l’eau de jouvence et différents elixirs et pilules. Il semblait avoir aussi le don de se mettre en scène et faisait croire qu’il était immortel. Selon le guide du Paris mystérieux, à une personne qui s’étonnait de le voir en pleur devant la Descente de croix de Jouvenet, il aurait dit : « Hélas, dit-il, je pleure la mort de cet homme si bon , d’un commerce si agréable auquel j’ai dû de si doux moments. Nous avons dîné ensemble chez Ponce Pilate. Je l’ai beaucoup connu. Que m’a-t-il écouté : je lui avais bien dit que tout cela finirait mal. »
Le comte qui fuyait la justice de dix pays fut embastillé pour une escroquerie dans laquelle il n’avait pas du tout trempée : l’affaire du Collier de la Reine car son protecteur, le cardinal de Rohan, en était l’un des principaux responsable. Finalement acquitté au bout de deux semaines, le comte de Cagliostro regagna son domicile sous les acclamations de la foule. De son balcon, il jura aux Parisiens de ne jamais les quitter. Est-ce une promesse en l’air ou ses dons de divination l’avaient-ils quittés ? Il fut expulsé juste après sur ordre du roi et dût gagner l’Angleterre.
Après diverses pérégrinations, Joseph Balsamo, dit comte de Cagliostro, échouera dans les prisons de l’Inquisition romaine dont il fut l’une des dernières victimes.

02. octobre 2016 · Commentaires fermés sur Une place où rien ne tenait en place · Catégories: 8e arrondissement

place Louis XV et ses terrasses, dessin de Pierre Antoine Demachy

place Louis XV et terrasse des Tuileries, Pierre-Antoine Demachy, dessin à la plume et encre de Chine, aquarelle. Source : BNF / Gallica

D’abord une place royale…

La place de la Concorde s’appelait, à l’origine, la place Louis XV. En 1744, le roi était parti diriger ses armées et, le 4 août, il était tombé gravement malade. Les médecins et les confesseurs pensaient qu’il n’allait pas tarder à rendre son dernier souffle. Le roi en réchappa miraculeusement et la ville de Paris décida, en 1748, de lui ériger une statue équestre : Louis XIII avait la sienne sur l’actuelle place des Vosges tandis que Louis XIV sur la place Vendôme et celle des Victoires. Le roi concéda un terrain situé au bout des Tuileries pour installer le prestigieux présent. La place fut dessinée par Ange-Jacques Gabriel, premier architecture du roi (on lui doit, entre autres, le petit Trianon et l’école militaire). Quand la statue, oeuvre d’Edme Bouchardon terminée par Jean-Baptiste Pigalle, fut inaugurée, le 20 juin 1763, le roi était déjà beaucoup moins populaire que vingt ans auparavant. Comme, à chaque angle du piédestal, une statue de bronze représentaient les vertus du monarque : la Force, la Justice, la Prudence et la Paix, un quatrain circulait dans Paris : « Ah ! La belle statue, ah ! Le beau piédestal, / Les vertus sont à pied et le vice est à cheval« .
Pour ajouter de l’huile sur le feu – si j’ode dire – le 30 mai 1770 : le feu d’artifice tiré en l’honneur du mariage du dauphin Louis avec Marie-Antoinette d’Autrice avait viré au drame sur place Louis XV.

… puis la place de la Révolution …

Les Révolutionnaires ne pouvaient pas laisser de côté cette place symbole du pouvoir royale juste à côté du palais des Tuileries où la famille royale avait été ramenée de force le 6 octobre 1789. Après avoir été visible moins de 40 ans, la statue de Louis XV fut renversée et envoyée à la fonte, le 11 août 1792. On y érigea une « statue de la Liberté », en plâtre patinée, réalisée par François-Frédéric Lemot – statue de la Liberté à ne pas confondre avec celle de Bartholdi vendue en miniature dans les magasins de souvenirs new-yorkais. Le lieu fut rebaptisé « place de la Révolution ». Elle accueillit pour la première fois la guillotine en octobre 1792 , date de l’exécution des coupables de l’incroyable vol du Garde-meubles. On la réinstalla ensuite le 21 janvier 1793 pour couper le chef d’un condamné bien plus célèbre : le roi Louis XVI. La place vit ensuite défiler les « guest-stars » de la Révolution : Marie-Antoinette, les Girondins, Danton, Lavoisier, Robespierre… Pour pacifier les esprits, après les tumultes de la Terreur, le Directoire choisit de rebaptiser la « place de la Révolution » en « place de la Concorde ».

… place de la Concorde …

La statue de la Liberté fut déposée sous le Consulat mais, comme une grande place comme celle-ci risquait d’être bien triste sans monument pour l’habiller, plusieurs projets furent envisagés : une fontaine et une statue de Charlemagne. Finalement, la place resta vide jusqu’à l’arrivée au pouvoir du frère de Louis XVI.

… place Louis XVI…

Louis XVIII étendait bien restaurer ce que la Révolution avait aboli. La « place de la Concorde » n’était plus, on revenait au nom originel : « place Louis XV ». Louis XVIII nourrissait également le projet de faire ériger une statue de son frère sur le lieu même où il avait été guillotiné. Son successeur, Charles X, reprenait l’initiative et posait même la première pierre en donnant le nom de « place Louis XVI » à ce lieu symbolique.

… place de la Concorde …

En 1830, les Trois Glorieuses chassèrent du pouvoir Charles X. Le nouveau souverain, Louis-Philippe, avait beau être le cousin des précédents rois de France, il était également le fils de « Philippe Egalité » qui avait embrassé les idéaux de la Révolution jusqu’à voter la mort de Louis XVI. Autant dire qu’en se présentant comme « roi des Français », Louis-Philippe entendait mettre en place un nouveau type de monarchie qui ne s’opposeraient pas systématiquement à ce que la Révolution ou l’Empire avait pu apporter à la France. Il avait parfaitement conscience de la charge symbolique de cette place située dans le prolongement du palais des Tuileries, depuis laquelle on pouvait voir le Palais Bourbon, alors le siège de la Chambre des députés, l’église de la Madeleine que Louis XVIII avait envisageait comme monument expiatoire pour la mort de son frère, et l’Arc de Triomphe érigé en l’honneur des victoires des armées napoléoniennes. Difficile de mettre sur cette place un monument qui ne rappelât un événement passé et ne raviva les tensions. Or, en 1830, le vice-roi d’Egypte, Mehmet-li, avait offert à Charles X les deux grandes obélisques dressées devant l’entrée du temple de Louqsor. Rien de mieux que l’une d’elle pour décorer cette place redevenue « place de la Concorde ». Après un voyage semé d’embûche, l’obélisque trouva sa place, le 25 octobre 1836. Dans la foulée, Louis-Philippe confia à Jacques-Ignace Hittorf le soin d’aménager la place.

La place de la Concorde n’a pas changé de nom depuis, même si entre 1830 et nos jours elle a vu passer une monarchie, un Empire et trois Républiques…

25. septembre 2016 · Commentaires fermés sur Un nom équivoque · Catégories: 4e arrondissement

 

dessin de la rue Brisemiche au XIXe siècle

Rue Brisemiche au fond l’église St Merry : 3e Arrondissement : [dessin] / JH Chauvet [Jules-Adolphe Chauvet]. Source : Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, VE-2160 (3)-BOITE FOL.

La rue Brisemiche tient probablement son nom des pains qu’on faisait cuire et qu’on distribuait aux chanoines de la collégiale Saint-Merri. Rien bien de salace – me direz-vous – contrairement à ce que son nom laissait supposer. Et pourtant !

La rue Brisemiche se trouve dans le quartier de Beaubourg. Au Moyen-Age, le « beau Bourg » était appelé ainsi parce qu’il était le lieu de tous les plaisirs – le Pigalle de cette époque, en quelques sortes. Dans les rues autour de la collégiale, on pouvait croiser bon nombre de femmes avenantes qui exerçaient une activité physique peu compatible avec la morale chrétienne. En 1387, le prévôt de Paris qui préférait que les ecclésiastiques ne mangeassent pas de ce pain là décida de publier une ordonnance qui expulsait les ribaudes du cloître. Seulement, à la demande des bourgeois de la ville, le Parlement de Paris publia un arrêt le 21 janvier 1388 contre l’ordre du prévôt.

Au fil des siècles, les centres de plaisir se déplacèrent ailleurs et, de nos jours, rien ne laisse imaginer les paillardises dont on pouvait être témoin mise à part, peut être le nom équivoque de cette rue.

19. septembre 2016 · Commentaires fermés sur Un mauvais cou · Catégories: 5e arrondissement

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La fontaine qui fait l’angle entre la rue Cuvier et la rue Linné rend hommage à Jean Léopold Nicolas Frédéric Cuvier dit George Cuvier.

La statue, oeuvre de Jean-Jacques Feuchère, est une allégorie de l’Histoire naturelle : bonne idée pour célébrer ce scientifique qui a tant contribué à l’anatomie et à la paléontologie. Elle est entourée de toute une ribambelle d’animaux exotiques que Cuvier a pu observer naturalisés dans le Muséum d’Histoire naturelle juste à côté.

Il y a juste un hic : en observant bien, on s’aperçoit que le sculpteur a choisi de tordre le cou au crocodile, ce qui est absolument impossible pour ce reptile.